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# Posté le mercredi 03 juin 2009 15:00

Ulver - Bergtatt

Ulver - Bergtatt



Comment parler d'Ulver sans tomber dans une accumulation de superlatifs redondants? Non content de renouveler à chaque nouvel album son univers musical, il se permet à chaque fois de nous éblouir de son talent aux innombrables facettes. Chaque nouvelle livraison révèle une beauté différente mais tout aussi envoûtante. A ce propos, la première de ses merveilles se nomme Bergtatt, qui après traduction devient envoûté, ensorcelé. Comme il fallait s'en douter, ce titre bien que dangereusement prétentieux résumera assez bien votre état après que vous vous soyez plongé dans le monde dont il ouvre les portes.


Composé à une époque de grande agitation autour de la scène black metal norvégienne, Bergtatt a un effet apaisant qui permet déjà à Ulver de se démarquer du reste de la scène scandinave. Garm, leader omnipotent de cette entité appelée à un avenir artistiquement flamboyant, affirmait à cette époque haut et fort ses croyances, dont ce fameux rejet du christianisme. Mais alors que Fenriz ou Samoth livrent leurs émotions sous la forme d'une haine vengeresse, Kristoffer Rygg (patronyme légal du chef de clan) et ses hommes ont composé ici une symphonie pastorale et héroïque qui rend hommage à leurs ancêtres sans se focaliser sur leur ennemi viscéral et ses édifices à la croix dominatrice.


Jamais le black metal n'a paru à la fois aussi douillet, accessible, presque caresseur, et pourtant sincère et à la violence sous-jacente. Un chaud et confortable manteau acoustique et traditionnel laisse entrevoir des frusques de guerrier et le scintillement discret mais réel d'une épée déjà baptisée au combat et prête à reprendre sa valse belliqueuse. Entre passages épiques décorés d'un chant viking posé et magnifique, longs intermèdes folk durant l'un desquels une flûte gracile jouée par le batteur AirawikiaR use de son droit d'expression avec le meilleur à propos et accès de fureur majestueux, Bergtatt possède une beauté rurale et agreste et nul ne peut rester insensible à sa sérénité magnifique.


Alors qu'Enslaved parvient parfois difficilement à joindre les éléments viking et black pourtant tous deux caractéristiques de sa musique, Ulver, en bonne marieuse, les fait cohabiter en les rendant indispensables l'un à l'autre. Pour exemple, le chant scandinave se mêle parfois à des cris black jamais excessifs. Les innombrables éléments acoustiques s'accordent harmonieusement avec les envolées électriques donnant un caractère presque cinématographique à la musique, faite de temps forts et faibles admirablement dosés.


La majorité des disques de black se repaissent jusqu'à l'exagération de deux tendances fâcheuses. Bergtatt n'est ni vindicatif, ni pompeux. Bergtatt ne sombre pas dans un clientélisme ennemi de l'art. Bergtatt parle paisiblement à vos sens. Bergtatt est beau.


Coup d'essai, coup de maître? Non, car ce premier opus est déjà un aboutissement, pas une vulgaire tentative aussi réussie qu'elle soit. Il ne connaîtra aucun successeur ce qui, certes de façon horriblement artificielle, ajoute encore à la majesté d'une œuvre à l'unicité magique.


Possopo de l'équipe de NIME

# Posté le mercredi 03 juin 2009 13:14

Ulver - Kveldssanger

Ulver - Kveldssanger





Cet album peut être ausculté sous plusieurs angles distincts. Il ne constituerait selon certains qu'un interlude acoustique et apaisant entre deux albums électriques et vengeurs. Pour d'autres, Kveldssanger est le fruit d'un cheminement logique, Ulver gagnant en sérénité et abandonnant ses velléités bagarreuses pour trouver une paix intérieure, conséquence d'une communion avec la nature sauvage. Ces deux visions sont intéressantes mais aussi peu satisfaisantes l'une que l'autre. Tordons le cou à la seconde théorie en évoquant tout bonnement l'existence de ce Nattens Madrigal outrageant et haineux. Cette fameuse communion avec les pâquerettes et les bouses de ruminants aurait-elle donc lamentablement échouée? Hypothèse peu sérieuse. Kveldssanger n'est pas non plus un vulgaire intermède puisque cette entité unique en son genre n'a, au contraire de tous ces musiciens qui multiplient les ep's insignifiants gavés de remixes, de faces b et de reprises stupides, jamais entaché sa discographie pourtant longue de casse-croûtes sans saveurs ne servant qu'à faire patienter le fan trop gourmand et peu gourmet.


Ce disque est donc une aventure à lui tout seul qu'il ne faut pas chercher à commenter par rapport aux autres œuvres de son géniteur fécond. Évidemment, les points communs qui rassemblent Kveldssanger et Bergtatt sont nombreux et l'atmosphère générale de ces deux efforts est fort comparable. Mais ces chants du crépuscule ne sont pas un simple collage des moments acoustiques du premier et majestueux lp.


Un élément somptueux est ce violoncelle joué par le dénommé Alf Gaaskjønli, invité pour l'occasion. L'instrument est merveilleusement évocateur, bêtement oublié en musique contemporaine qui semble focalisée sur les nappes de violons dès qu'il s'agit d'étoffer le spectre sonore pour lui apporter une saveur mélancolique et grandiose, mais surtout désespérément artificielle. AirawikiaR troque ses fûts contre une flûte dont il nous a prouvé qu'il maîtrisait fort bien le maniement sur...ah non, zut, j'ai dit que je ferai pas référence à Bergtatt.


Ces deux instruments font des interventions magnifiques mais tout de même rares. Les chœurs sont plus présents et leur ampleur marque le soin apporté à leur réalisation. A capella (sielens sang) est la démonstration de l'excellence de ces chants sombres et puissants.


Tout ce succulent nappage ne serait évidemment rien sans ce fond de guitare acoustique joliment composé (prenez cet adjectif au sens propre et non comme de la moquerie) et révélant quelques jolies surprises (prenez cet adjectif...enfin bref), søfn-ør paa allfers lund me faisant curieusement penser au Requiem de Bach.


Ensemble pastoral délicat, Kveldssanger, bien que souffrant du voisinage des exaltés Bergtatt et Nattens Madrigal, est fort recommandable et c'est pourquoi je vous le...hmm,recommande fortement.



Possopo de l'équipe de NIME
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# Posté le mercredi 03 juin 2009 13:13

Ulver - Nattens Madrigal

Ulver - Nattens Madrigal




Les patrons de Century Media ont du s'arracher les cheveux en écoutant la version finale de Nattens Madrigal. Ayant probablement signé ULVER après avoir eu connaissance de leur statut grandissant au sein de l'underground black, ils ne se doutaient certainement pas de la farce qu'allaient leur faire ces coquins de norvégiens. Ceux qui ont vu quelques photos prises pour la promotion du disque ont reconnu la jolie Cadillac, les lunettes de soleil Gucci et les costumes Valentino qu'arboraient Garm et compagnie. Au lieu de dépenser l'argent que leur avait donner leur nouveau label dans l'enregistrement de leur nouvel opus, ils se sont achetés la panoplie complète du maquereau. Du coup, les poches vides, les petits rigolos se sont contentés de capturer leurs riffs de guitare sur un misérable quatre pistes à cassette.


Mais la blague ne s'arrête pas là. En accord avec cette production minimaliste, les huit morceaux garnissant la galette sont encore plus crus qu'un steak tartare (plus cru que cru, cela donne quoi au fait?) comme si Ulver, autrefois aussi épique qu'Enslaved voulait désormais changer de catégorie et défier le poids super lourds de la musique primitive, Darkthrone.


Les guitares sont criardes à en déchirer le tympan, les vocaux horriblement grimaçants et la batterie étouffée. L'esthétique black metal impose une présence exagérée des fréquences élevées mais Nattens Madrigal vient de subir une inondation. Les basses sont noyées dans ce mix apocalyptique et beaucoup regretteront l'absence de serpillière à proximité. Tout semble là pour détourner l'auditeur de cette galette qui rebutera les non-initiés.


Et pourtant...


...ce disque est magnifique. Tous les sons produits par les deux grattes, aussi distordus soient-ils, sont parfaitement audibles, et de manière totalement distincte. Les compositions, malgré un aspect abrupt sont d'une complexité et d'une beauté rares. Le dialogue permanent entre les deux instruments est simplement magique, riche qu'il est de mélodies cachées. Les textes sont tout aussi travaillés et cette tragique histoire de lycanthropie est superbe. Contrairement à ce que la majorité en penseront, ces madrigaux nocturnes n'ont rien de primitif, leur finesse est même invraisemblable.


Beaucoup ont essayé de composer des monuments de haine et de violence, la plupart ne nous ont gratifié que de douloureux maux de têtes. Nattens Madrigal regorge de cette haine et de cette violence mais le spectre des émotions qu'il transmet est bien plus large. Il est cruel, dramatique et possède même une certaine dimension épique que l'on aurait pu croire oubliée.


Ulver a certainement voulu choquer, il y a réussi, car ce disque a fait coulé pas mal d'encre. Mais au lieu d'œuvrer dans la simple provocation à courte vue comme tant d'autres, il a su mêler son impudence à une intelligence et à une sensibilité admirables. Il ne tient qu'à vous de le comprendre. Nattens Madrigal est un chef d'œuvre qu'il convient simplement de dépoussiérer pour que sa magie vous envahisse.



Possopo de l'équipe de NIME

# Posté le mercredi 03 juin 2009 13:11

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# Posté le vendredi 22 mai 2009 17:25